22/10/2006 - Les murs sont chauds et la tête bouillonne
Le soleil monte doucement. La chaleur se fait étouffante. Allongé sur une natte, la brume s’empare du regard. La théière est prête. Monologue de la fausse monotonie ou état des lieux de la torpeur d'une sieste mauritanienne.

Bientôt deux ans en terre aride. La plume sèche, la mine silencieuse. Quelques mots seulement, ici ou là, griffonnés sur le coin d’une feuille ou éparpillés dans des carnets usés jusqu’à l’os. Pourtant, autour de nous, mille histoires fourmillent, virevoltent, laissant l’esprit dans un tourbillon constant. Combien de drames, de petites folies, de personnages colorés ont été le théâtre de notre quotidien africain...
Notre occident, souvent endormi dans un matérialisme amourophage, paraît si loin de cette passion de l’instant, de ces récits fantastiques qui se nouent et se dénouent dans une danse ardente. L’Afrique est danse, celle des femmes mères qui se déhanchent, la nuque droite et le bassin virevoltant, celle des enfants qui courent après une roue, après une balle de tissu, après les voitures, après l’espoir, celle des animaux en liberté incertaine, en sursis permanent, celle des hommes, vivants ou morts, les yeux gonflés de soleil et d’humilité.
Notre regard s’affine, il devient plus précis, moins naïf. Il se pose. L’exotisme a perdu de l’avance sur l’assimilation, l’insolite devient habitude. L’émotion, parfois canalisée, l’inconnu peu à peu dompté. La brume se dégage pour ce soleil qui ne craint nul adversaire. Inébranlable, il semble attendre avec patience et orgueil les inutiles provocations des rares nuages qui osent le côtoyer.
La terre se durcit et les esprits s’endorment. Le cœur se fixe un nouveau rythme, plus nonchalant, l’œil se dessine des lignes de frontière, le corps se relâche sous le poids imposant du mercure.
Le corps sèche. Où dresser les montagnes qui donneront à nouveau l’espoir d’un nouvel horizon ? Le sommet me manque. Celui que l’on atteint en reprenant son souffle, le cœur palpitant et les jambes fébriles. Le sommet et l’inconnu, l’espoir de sentir le vent plus fort, l’impression d’être si haut que le regard s’envole loin des hommes.
Retour à Kaédi où chaque rue recèle de scénarios, d’histoires fabuleuses. Un jeune garçon, une truelle à la main, s'active sur le chantier d'une école. Ouvrier ou écolier ?
L’imaginaire au placard, le rêve absent au petit matin. La fuite est tangible. Une vie simple où chaque mot est à sa place. Pas de temps pour l’abîme.
Quelques questions, peu de réponses.
Le guitariste déploie sa gamme de couleurs à partir d’une seule corde.
Eric
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