Les voyageurs aux semelles de vent

7/03/2007 - Un voyage hors du temps : à la découverte des musiciens traditionnels de la brousse gorgoloise.

Chers toubabous de tous horizons, bonjour,

 

Loin de la campagne présidentielle et du bruit incessant que cela occasionne, avec les tentes dressées à tous les coins de rue, nous venons de vivre un magnifique voyage en brousse, à la découverte des musiciens traditionnels de notre région. Pour vous resituer le contexte, c’est un projet orchestré par Eric qui date déjà de l’an passé où des musiciens français étaient venus à la rencontre de certains musiciens du Gorgol. Fort de cette expérience unique qui avait été une vraie réussite, ils ont souhaité renouveler l’expérience cette année en allant un peu plus loin.

Ils étaient moins nombreux aussi, 5 l’an dernier, 2 cette année. Ce voyage a été un enchantement, d’autant que les deux musiciens nous accompagnant sont très sympas ; nous avons partagé des moments vraiment drôles et agréables (bon, je suis un peu obligée de mettre ça parce qu’ils vont sûrement lire ces pages…mais de toutes façons, je le pense vraiment !)

 

Il est des moments uniques où tout semble réuni pour créer la perfection et le bonheur. Et bien, ce voyage a effectivement été une occasion rare, incroyable, de rencontrer des gens uniques, de vivre des moments magiques et de connaître la Mauritanie telle que nous aimerions toujours la vivre. Je crois que nous garderons toujours à l’esprit ce voyage sublime.

Eric avait mis sur pied le programme avec des contacts de gens qu’il connaissait depuis deux ans et nous sommes partis un peu à l’aventure. Le plus extraordinaire est que nous avons fait ce voyage…en pirogue ! Nous avons remonte le fleuve de Kaédi jusqu’à Toulel, en passant par des petits villages ou des petites villes, Djéol, Koundel, Maghama, Tokomadji ; Toufoundé-Civé, etc. Nous avons ainsi laissé la magie opérer…

 

Premier tour de magie : la pirogue. Rien de tel pour vivre pleinement le temps étiré et lent du pays que de remonter paisiblement le cours du majestueux fleuve Sénégal en pirogue…alors, bien sûr, elle était à moteur, ce qui gâte un peu l’esprit féerique du périple mais c’était quand même prodigieux. Nous avons donc embarqué avec les musiciens, JB et Christophe ; Moussa, notre ami guitariste qui nous servait aussi d’interprète et guide du moment ; un vieux bandit à l’œil torve qui devait nous servir de guide bateau et un autre vieux bandit,  non moins bizarre, le conducteur, Barou ! Jusque là, rien que de très normal en fait. Là où ça a commencé à être un peu surprenant, c’est quand, au moment de mettre la pirogue à l’eau, un vieux pulaar venu des profondeurs du quartier Toulde, nous a baratinés sur le fait que le moteur (prêté par un escroc notoire de Kaédi, malheureusement le seul disponible), était pourri et qu’il fallait louer le sien. Bon, machallah, nous voilà partis malgré tout. La folle équipée dans son petit bateau s’éloigne lentement de la brume aurorale de Kaédi et voit se dessiner au loin les contours de la mosquée  de Toulde, jusqu’à à n’être  plus qu’un rêve…Au fait, a-t-on rêvé ?

 

 

 

2e tour de magie : les villages du fleuve. Point de djinns de l’eau, ni de crocos, ni d’hippos mais des oiseaux très beaux, à foison. Le fleuve est à certains endroits extrêmement sinueux et à d’autres très large. Il est des passages délicats où les bancs de sable immobilisaient notre embarcation, si bien que les piroguiers devaient descendre et pousser la pirogue très lourde. Chaque fois que nous passions près d’un village, c’était toujours les mêmes étonnements des villageois  paisibles pour lesquels le fleuve est une richesse inouïe : les femmes lavent le linge à grand renfort de mousse, se nettoient ; les hommes nettoient les  bêtes, les font boire, parfois nettoient les camions ou les voitures. Les enfants jouent dans l’eau et s’éclaboussent gaiement. A l’approche de la pirogue dans laquelle trônent 4 toubabous autant surpris qu’eux, toute activité s’arrête et des clameurs s’élèvent de la berge, des cris, des mains se tendent et saluent, les enfants sautent dans l’eau, font des roulades parfois, nous poursuivent sur la berge tant que leur souffle les emmène.  Puis, nous disparaissons, happés par le fleuve et nous réapparaissons vers un autre village où tout recommence.

 

 

 

3e tour de magie : l’accueil des gens dans les villages de brousse. Nous avons fait escale dans différents villages de brousse ; certains que nous connaissions et appréciions particulièrement, comme Djéol  ou  Toulel ; d’autres pas, comme Koundel ou Tokomadji. Chaque fois, l’hospitalité exceptionnelle des mauritaniens  de la  région du fleuve ne s’est pas démentie : des accueils en chansons à  Djéol (au son de bismillah (bienvenue) chanté par des filles), des enfants qui se précipitent et vident la pirogue en criant et nous guident jusqu’à la concession où nous avons passé la nuit à Koundel, un festival  de plats et boissons à Tokomadji (en toute simplicité, nous confie notre  hôte !) : bref, des gens très gentils, des enfants charmants, des endroits paisibles et magnifiques…du thé à flot, des méchouis à foison, des bismillah partout, une vie tranquille où les contraintes matérielles et temporelles semblent à mille lieues de là !

On se réunit, on mange dans le même plat avec la main droite, on discute de choses et d’autres, on visite les villages, on rencontre des gens, curieux, qui veulent discuter avec les toubabs, on boit le thé sans s’occuper de rien. On oublie un peu le rythme habituel et on se laisse bercer, comme dans la pirogue.

 

 

 

4e tour de magie : des paysages sublimes. Tout le long de notre traversée, nous sommes passés par des endroits très beaux, des villages en banco bordés de palmiers où semblent  régner une tranquillité immense ; de la verdure le long des berges, des repères d’oiseaux sur de minis îles au milieu du fleuve, des troupeaux de zébus ou de dromadaires venant s’abreuver, de grands arbres centenaires, des manguiers et des arbres étranges, nommés dindewi, dont les racines poussent à l’extérieur et descendent progressivement jusqu’à s’enraciner à nouveau dans la terre, c’est impressionnant…, des petites villes avec des places à palabres où des vieillards courbés refont le monde à l’ombre de l’arbre et où les enfants nous poursuivent en criant à tue-tête. Certains endroits, comme Maghama, ont des concessions superbes avec des maisons traditionnelles en banco, nommées « oubere » en pulaar. Dommage que certains habitants aspirent à remplacer ces belles demeures par des affreux trucs en béton, plus solides certes mais sans aucun charme.

 

   

 

5e  tour  de magie : des moments de musique inoubliables. Il ne faudrait pas perdre de vue la raison pour laquelle nous réalisions ce voyage extraordinaire…aller à la rencontre des musiciens de la région du fleuve. Nous accompagnaient deux musiciens français (dont un était déjà venu l’an dernier), Christophe, un percussionniste, et Jean Baptiste, un saxophoniste. L’objet du voyage était donc aussi de faire des échanges musicaux, de mêler des univers différents, d’associer des musiques qui, a priori, ont peu en commun. Et le résultat était au-delà de ce qu’on peut imaginer. D’abord parce que, contrairement à toute attente, le public mauritanien était particulièrement attentif, ce qui est rare, surtout lorsqu’il s’agit de musique inconnue ou presque pour eux. L’un des moments étonnants par exemple que nous avons vécu a été la découverte de morceaux jazz à l’alliance par un public plutôt jeune. Tous les gens applaudissaient au moment où un public averti l’aurait fait. Tous étaient enthousiastes, tapaient des mains, sifflaient de contentement.

Les moments les plus incroyables ont été dans la brousse. Chaque fois que nous nous arrêtions dans un village, les musiciens français jouaient avec les mauritaniens : saxo, percus, mêlés au oddu (instrument traditionnel beaucoup employé par les hal-pulaars), à la guitare de Moussa, notre ami, et au percus mauritaniennes, ainsi qu’au chant souvent. Ces moments ont été de pur bonheur. Nous étions souvent rassemblés dans une concession, avec les enfants et les curieux autour, très heureux de partager ça avec les toubabs, dans une obscurité magique que venaient seulement éclairés les étoiles et la lune. Parfois, JB se lançait dans une impro  totale sur la mélodie mauritanienne, c’était envoûtant.

 

 

Nous avons également assisté à des spectacles de musique maure avec des danses de séduction, des danses soninkés effrénées à la seule lueur des phares d’une voiture (seule lumière que l’on pouvait avoir car la ville n’avait pas d’électricité), à des danses et à des chants pulaars, vraiment superbes. C’est difficile aujourd’hui de décrire ces ressentis qui nous sont à tous personnels mais où il me semble que nous avons tous eu l’impression de vivre des moments uniques dans cette brousse de Mauritanie.

 

 

 

Nous avons rencontré des musiciens mauritaniens qui se produisent malheureusement très peu. Ceux qui m’ont le plus marquée sont les flûtistes maures de Tokomadji. Cet instrument est tellement beau et il sonne de manière tellement émouvante. On a la sensation qu’il parle en même temps que les sons s’échappent car le souffle du musicien est nettement audible au milieu de la mélodie, et cela confère à cet instrument un aspect humain étonnant.

 

 

 

A Koundel, nous avons entendu un griot surprenant à la voix douce qui nous a offert un petit concert sublime alors que nous ne devions même pas le rencontrer. Ainsi va la vie ici ; des moments magiques surgissent à chaque instant, même lorsque rien est prévu.

JB et Christophe ont aussi expérimenté leur talent d’ensorceleur à Maghama lorsqu’ils ont joué des musiques d’Henri Salvador à la guitare à un petit groupe d’enfants dissipés, qui, en les écoutant, se sont immédiatement calmés, se sont assis et ont écouté les yeux écarquillés ces deux toubabs un peu fous leur jouer des berceuses venues d’un autre monde.

 

 

 

Nous avons aussi dû dansé plusieurs fois avec les danseurs soninkés de Toulel et leurs acrobaties inouïes, avec les musiciens maures de Maghama, surtout les femmes, avec les musiciens maures de Nouakchott…nous avons offert Eric et moi une danse de couple sous les applaudissements des mauresques et des youyous, une bonne partie de rigolade…

 

 

Ce voyage nous a vraiment comblés, malgré une avarie de moteur qui nous a privés d’une journée de pirogue car il a fallu aller chercher un nouveau moteur au Sénégal. A dire vrai, nous serions tentés de quitter la Mauritanie dès à présent afin d’en conserver un souvenir magnifique. Mais, il nous reste encore un peu plus de deux mois et nous allons vivre la transition démocratique donc l’heure n’est pas au départ.

Juste le temps pour nous de finir nos films sur les mauritaniens que nous connaissons. Nous aspirons ensuite à visiter Nouadhibou que nous ne connaissons pas encore et à retrouver la verdure de nos contrées françaises…

Pour le moment, nous nous concentrons sur la campagne présidentielle qui bat son plein ; le 1er tour a lieu ce dimanche et cela se passe plutôt calmement. Nous étions à Nouakchott tout récemment et les gens ont l’air plutôt contents de ces élections démocratiques, c’est une bonne chose. Maintenant, il faut voir de quelles manières, elles vont se dérouler et ce qui va en découler…suspense !

Ah, au fait, je suis heureuse de vous annoncer la venue au monde de petite Rafaëlle, la fille de Coumba Nabadji, une musicienne du quartier Toulde…C’est chouette non ?

 

 

Voilà pour les dernières aventures. Portez vous bien.

Rafi

 

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6/05/2007 - Magique !

Publié par Mathieu
Mince alors, 5 tours de magie pour un tour en pirogue ! Décidément les aventures mauritaniennes de Raf et Ric sont bien surprenantes et envoûtantes...

Manque juste le son pour s'y croire pour de vrai !
Mathieu
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2/07/2008 - La flute

Publié par Anonymous
Est-ce que vous connaissez le nom de ce flut de Tokomadji? Ca m'interesse beaucoup! Merci en avance. La Giotte Europenne.
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- Tu vas donc là-bas, comme tu seras loin! - Loin d'où? (A.de Saint Exupéry) Notre histoire est née en Espagne, de quelques notes de flamenco et d'un souffle de liberté et se perpétue aujourd'hui à travers nos voyages... Voilà, un an et demi que nous sommes en Mauritanie et nous avons envie de garder le fil avec nos proches.

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