15/05/2007 - « Dimbe dioro, Sambe naayo »
« Voyager, c’est le plus court chemin qui mène à soi en passant par l’autre ». J.Mounier.
Et bien ça y est, nous sommes bel et bien sur le point de lever l’ancre pour d’autres aventures. Il y a un peu plus de deux ans maintenant que nous sommes en Mauritanie, que nous vivons aux côtés des Kaédiens et du fleuve, que nous découvrons, apprenons, nous enrichissons et aimons ce pays. Mais tout a une fin et nous ne sommes pas contre l’idée de revoir notre douce France.

Il s’en est passé des événements durant ces deux années de vie ; tant que les « résumer » en quelques lignes serait une gageure ; nous préférons donc nous attarder sur ce qui nous a le plus marqués dans ce pays de vent et de sable où nos empreintes ténues sont déjà prêtes à s’effacer pour céder la place à d’autres et à autre chose.
Deux ans, des expériences différentes, à étudier de près les contes traditionnels qui laissera un ouvrage collectif avec tous nos amis de l’Alliance de Kaédi ; deux ans à nous enrichir auprès d’hommes et de femmes de tous horizons et de toutes cultures qui nous ont appris à aimer ce pays et à le comprendre tel qu’il est et que nous ne remercierons jamais assez pour cela.
Deux ans à vivre et à porter la culture mauritanienne pour Eric qui a décidément bien du mal à laisser cette petite alliance du bout du monde où tout le monde l’adore. Pour ma part, mon année en tant que volontaire fut tout aussi enrichissante, bien qu’emplie de difficultés et de quelques désillusions. Je garderai surtout de cette année le plaisir d’avoir côtoyé de jeunes gorgolois, aussi sympathiques que généreux, auprès desquels j’ai réellement appris ainsi que la belle idée d’avoir appartenu à une grande famille, qui a les mêmes envies, les mêmes aspirations, les mêmes rêves et même si c’est utopique, je suis contente d’emporter ça avec moi.

Aujourd’hui, nous partons. Demain, que retiendrons-nous ? Que dire d’un pays que personne ne peut se vanter de réellement connaître, des mauritaniens aux aventuriers qui y ont vécu des années ? La Mauritanie fait presque office d’irréductible résistant face à la montée d’une mondialisation assourdissante ; un pays qui ne se laisse pas appréhender facilement, que les hordes de touristes n’ont pas encore trop envahi, du moins pas partout, qui ne se laisse pas mettre dans un carcan, qui préserve son mystère et sa rareté tout en faisant peur à ceux qui ne le connaissent pas ou ne le comprennent pas.

Quand on évoque le nom même du pays, on se prend à rêver. On devine en murmurant « Mauritanie » la litanie du désert mais aussi la douleur et la mort qui peuvent en découler. La Mauritanie serait peut-être bien un pays au double visage, ne se laissant pas apprivoiser facilement…Pris entre deux mondes, à la fois du Maghreb et de l’Afrique noire, de l’austérité et de la fête, de l’épurement extrême et de la démesure. C’est un pays hors du temps, perdu entre tradition et modernité, nomadisme et sédentarité, jeunes fous et vieux sages, arabo-berbères et négro-africains. C’est sûrement un pays très différent selon l’endroit où l’on vit. Et nous ce fut Kaédi !

Après avoir roulé notre bosse dans le pays, du nord au sud et d’est en ouest, de Nouakchott à Oualâta et de Kaédi à Ouadane, nous sommes heureux d’avoir vécu dans cette petite ville tranquille et douce du bord du fleuve et n’aurions pas souhaité vivre ailleurs. Bien sûr, nous avons ressenti des moments difficiles. La Mauritanie est un pays extrêmement complexe, tant culturellement que socialement, où il n’est pas aisé de trouver sa juste place.

On peut vite être déroutés par certains éléments, difficilement acceptables, et il arrive d’en souffrir…cette chaleur effrayante qui procure une apathie de l’âme et une amertume du corps, les saletés des quartiers où volettent des plastiques, tels des oripeaux démoniaques, que viennent manger des chèvres malades des pollutions de cette planète, les cadavres d’animaux dont l’odeur donne le vertige, les petits talibés (les enfants qui mendient pour le marabout) courageux qui gardent le sourire malgré leur vie de misère, ces pauvres ânes malheureux et maltraités, un certain renoncement aux bienfaisantes superficialités de la vie, cette absence de petits troquets ou de petits restaus où se retrouver entre amis, des plaisirs culinaires pour le moins restreints si l’on n’est pas amateurs de mafé (viande sauce arachide) ou de thieb (poisson et légumes en sauce), une impression d’austérité et d’épurement latents, les mots très durs de ce qu’on appelle ici pudiquement les « événements » (qui font référence à la guerre civile de 1989)…toutes ces choses qui font que passer deux ans dans une petite ville mauritanienne peut parfois relever du défi personnel. C’est vrai, nous nous sommes souvent sentis perdus, sans repères, et nous nous sommes surpris alors à nous demander la raison qui nous poussait à être là, mais ça n’a jamais duré longtemps.

Parce que oui, la Mauritanie, et Kaédi, c’est tout ça, mais c’est surtout tout le reste, ce qui est beau, ce qui est sublime ; comme dirait un ami kaédien, « gardez seulement le bon, le mauvais, vous l’effacez ». Nous allons donc conserver précieusement en mémoire le sourire étincelant des enfants ; les jolis boubous colorés des femmes ; le grand fleuve majestueux qui donne sa fraîcheur et permet de se croire à la plage toute l’année ; les clins d’œil complices des mauritaniens, avec lesquels les blagues de cousin deviennent des jeux de chaque instant ; les sages qui content des histoires à dormir debout toute la journée…Qui nous dit qu’elles ne sont pas vraies ? ; les émerveillements d’un ciel rougeoyant qui embrase toute la brousse ; la vie dans l’un des derniers pays au monde qui se nourrit de l’espace et du temps et s’en réjouit, dans un pays authentique et préservé, s’il en est, fier de ses traditions et de ses croyances ; Kaédi qui rit, où les oiseaux migrateurs se plaisent près du fleuve, où le pêcheur n’a d’autres soucis que d’avancer paisiblement au fil de l’eau en rêvant aux djinns qui viennent visiter les humains la nuit venue ; un peuple qui vit à l’heure du soleil, égrène ses heures comme on égrène son chapelet, au rythme des cinq prières de la journée, au rythme du thé qui mousse dans les verres, au rythme des repas qui allongent la journée comme si elle était éternelle, au rythme de ses gens qui ne sont que de passage, disent bonjour, rient un peu et repartent sans rien demander, à la lueur des étoiles et d’une flamme de bougie le soir ; au son des « bismillahi » qui fusent de toute part dans cette ville où l’hospitalité est reine, où personne ne vous laisse jamais tomber, où les gens qui possèdent si peu offrent tant, où les portes et les esprits sont toujours ouverts à l’inconnu, au voyageur, où un plat mijote au cas où ; au son des « toubabs » des enfants rieurs des quartiers Toulde, Gattaga et Tantadji qui courent et nous poursuivent dans le labyrinthe des vieilles maisons d’un siècle oublié en chantant ; au son des grenouilles qui fredonnent un air envoûtant près du fleuve ; au son des rythmes des incroyables tidinit, ardin et tbal des maures, des rythmes fous des hoddus peulhs et des tam-tams passionnés des soninkés ; dans l’attente d’une pluie bienfaitrice qui confine au ravissement lorsque les premières exhalaisons de la terre humide s’élèvent hors du sol…

Cette vie paisible et sereine se concentre sur les petits plaisirs simples de l’existence et les vraies humanités des cœurs généreux, les seuls peut-être qui valent la peine d’être vécus. Tout cela rend véritablement heureux…et sûrement un peu sage aussi.
Aujourd’hui, nous partons le cœur léger, comblés d’avoir connu les gens croisés ici et là. Notre ami avait raison, les difficultés et les peines déjà se sont effacées. Nous emportons le secret de Kaédi que l’on chuchote discrètement dans la ville : « Dimbe dioro, Sambe naayo ». Cela exprime en substance : « si tu secoues l’arbre de Kaédi, il en tombe de nombreux fruits » ce qui symbolise l’hospitalité et la gentillesse légendaires des habitants du fleuve. Qui nous l’ont une nouvelle fois prouvée en nous couvrant de cadeaux pour notre départ…

« Et puis il y a une certaine saveur de liberté, de simplicité, pour ne pas dire plus, une certaine fascination de l’horizon sans limite, du trajet sans détours, des nuits sans toit, de la vie sans superflu, qu’il est bien impossible de décrire, mais que ceux-là reconnaîtront qui l’ont peut-être éprouvé aussi ». (T.Monod)
Pour tout cela et pour tout ce que nous ne pourrons jamais exprimer par des mots : Jaaraama, Nawaré, Choukrane, Jai-rruh-jef, merci…Dimbe.
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24/04/2007 - Objectif Sénégal !
Saalam aleikum a todos,
Et oui enfin de retour sur notre site ! En cette période électorale, nous nous abstiendrons bien de vous parler de politique. On croise juste les doigts pour le 2e tour même si on n’y croit pas tellement (merci aux amis qui nous envoient des mails engagés (pas besoin de vous dire contre qui...et super merci à toi François de voter pour moi le Jour J!), c’est bien chouette.
Nous allons donc tenter de vous dépayser en vous emmenant faire un tour au Sénégal d’où nous revenons très contents et enthousiasmés. Car, décidément, le Sénégal, il fait frais walahi, c’est beau bilahi et c’est sympa alhamdulilahi !
Comme nous connaissions déjà le nord, très ressemblant de notre Mauritanie quotidienne ; et le pays Bassari du sud que nous avions fait à Noël 2005 (ça date déjà !) ; nous avons choisi les villes de Dakar et de St Louis pour cette petite escapade, surtout pour rendre visite à des amis volontaires qui vivent là-bas. Repos oblige mais en fait on ne s’est pas tant reposés que cela !
Dakar :
Certains disent que Dakar ce n’est pas l’Afrique et on comprend pourquoi parce qu’en arrivant à Dakar quand vous vivez dans la brousse mauritanienne, vous ne pouvez qu’être complètement déboussolés: c’est l’Europe mon frère : des grands immeubles, des trottoirs, des infrastructures superbes, des résidences magnifiques, des arbres, des parcs, des rues très entretenues…En plus de cette impression, nous étions logés chez un ami dont l’appartement donne sur la mer, ambiance balnéaire garantie. On a eu un temps magnifique et super frais pour ne pas dire froid à Dakar. On dormait avec une grosse couette ! Il faut qu’on s’habitue à nouveau. Que demandez de mieux pour passer de bonnes vacances ?
Puis, en allant faire quelques courses, ô surprise, des magasins bourrés d’alcool, de tabac et autres gâteries complètement scandaleuses dans notre république islamique…ça fait du bien de varier les plaisirs qu’on s’est dits alors !!
Mais bon, n’exagérons rien; d’un autre côté, Dakar c’est l’Afrique quand même : un taux de pollution énorme et des Diaga n’diaye (les bus de transport pourris très colorés) qui roulent dans tous les sens, ainsi que des saï saï (les voyous sénégalais et autres pick pockets rastas men qui se la jouent hyper cools et qui ont le cerveau dans les pieds et sont imbibés d’alcool…pas top).

C’est vrai que la ville est grouillante de bruits, d’agitation perpétuelle, de folie douce, de vendeurs ambulants, de gens en costume qui marchent vite et d’autres qui courent après le temps pour se faire de l’argent et tentent de survivre malgré la misère, des petits talibés qui mendient leur pain ou les sous à remettre au marabout (au moins 300 CFA par jour sinon c’est tabassage en règle, les pauvres gosses), les mendiants baye fall qui dépendent de la confrérie des mourides rattachée au marabout Bamba dit Serigne Touba, qui compte plus de 2 millions d’adeptes et sont complètement fanatiques. Ce sont eux qui tiennent le pays sous couvert d’activités plus ou moins légitimes. En tous cas, le président Wade est un peu coincé par eux. Je crois me souvenir que je vous avais expliqué que l’image du marabout Bamba qui, entre autre chose, a marché sur les eaux et dévoré un lion, est dessinée partout dans Dakar.

On ne compte plus les affiches, les médaillons, les photos des marabouts où l’arnaque se peint sur le visage et où les vêtements griffés channel ou Vuitton n’indiquent pas forcément la repentance et l’abnégation…On voit aussi des Touba gaz, touba oil, touba café, touba menuiserie, touba quincaillerie, touba arachide, touba frères, touba entreprises, touba transport…ça fait un peu peur au bout du compte.
Nous avons varié les plaisirs en flânant dans les rues des quartiers résidentiels, en se promenant dans les quartiers libanais et du plateau, tranquilles. Puis, nous avons relevé le défi du marché Sandaga, un des plus grands d’Afrique de l’ouest, bourré de rabatteurs, de voleurs, de revendeurs à la sauvette où ça crie, ça hurle, ça se bouscule, ça se pousse. On nous avait dit, « vous ne resterez pas plus d’une heure dedans »…on est restés 3 heures et on s’est bien marrés en fait. Les rabatteurs, nous, ça nous connaît. Les prix sont élevés 15 fois et tu rigoles à fond pour acheter un truc 1000 CFA ce qu’on te proposait à 15 000 au début ! A un moment, un rabatteur nous poursuivait depuis des plombinettes et nous lance : « avec moi l’homme tranquille (ils se nomment tous comme ça…), amoul solo (« pas de problème » en wolof), aucune mouche n’osera se poser près de vous ». Et Eric de dire du tac au tac : « tu ne vois pas que c’est toi la mouche ». Le type en est resté comme deux ronds de flanc et s’en est allé…Avec chaque rabatteur, on pourrait vous conter une histoire rigolote…alalahilala, l’Afrique gars, c’est bon !
Enfin, nous avons vécu les soirées dakaroises au rythme de nos amis, les bars, les soirées dansantes, les restaus, ça change de la Mauritanie dé ! (ce « dé » termine toutes les phrases des sénégalais avec le « rek » !)

Les îles N’Gor et Gorée :
Après l’agitation dakaroise, nous avons pris l’air dans les superbes îles de N’gor, un paradis à la Porquerolles mais avec plus de bougainvilliers et de fleurs partout…très reposant et très beau ; et Gorée, qui a surtout l’intérêt touristique d’être un comptoir d’esclaves. L’île est enchanteresse, très calme, aucun vendeur qui harcèle, des maisons à tomber raide, des bougainvilliers jaunes, roses, blancs partout, l’eau turquoise, des chats dans tous les coins, le rêve absolu où l’on passerait bien de longues vacances…

Un peu trop de toubabs par contre au mètre carré, dommage. Et aussi, nous avons appris que la maison des esclaves devenue un musée aujourd’hui révèle bien les atrocités commises lors des marchandages, du pesage d’hommes que l’on engraissait (pas moins de 60 kilos sinon jetés à la mer...), l’eugénisme réalisé avec certains gambiens réputés plus vigoureux qui devenaient les géniteurs des parfaits esclaves (monstrueux), les caves pour enfants minuscules où ils étaient 50 dedans, les chaînes et tout, affreux ; mais, sans faire de révisionnisme, il semblerait que Gorée n’ait jamais été un grand comptoir d’esclaves contrairement à la Gambie par exemple…mais aurait été révélé à des fins purement commerciales pour le Sénégal…et aurait donc abusé un certain nombre de noirs américains venus ici pour retrouver un brin de passé. On ne sait pas où se trouve la vérité mais c’était bien intéressant de toutes façons de visiter l’endroit.

Il y a par exemple « la porte du voyage sans retour » qui est une porte ouvrant directement sur l’océan où, selon les dires, on chargeait les esclaves qui partaient pour l’Amérique ou on balançait les esclaves « inutiles » par là…

Saint Louis :
Et puis après il y a eu St Louis, autre ville magnifique et plus tranquille que Dakar. Les vestiges coloniaux confèrent à l'île de Saint Louis son aspect "petite ville proprette" avec de jolies maisons colorées. Et il fait un climat génial. Nous avons fait une journée complète sur la langue de barbarie entre fleuve Sénégal (qui se jette dans l’océan) et l’océan, c’était splendide. Il y avait plein d’oiseaux car nous étions dans le parc naturel de la langue, des petites cases, des habitants super gentils, des palmiers vacanciers, un phare (presque breton car rayé noir et blanc !) sur lequel nous sommes montés pour admirer la vue panoramique sur le village de Gandiol, ouaouh ! il n’y a pas d’autre mot…

Enfin, de vraies vacances ; on s’est bien amusés, on a bien profité, on a bien décompressé, tout était parfait !...

Notre retour commence à faire son petit bonhomme de chemin (nous quittons le pays dans un mois). Et oui, déjà deux ans se sont écoulés depuis notre arrivée ! Nos malles seront expédiées dans une quinzaine (heureusement qu’on a la chance de profiter de cela par le contrat d’Eric parce qu’avec tout ce qu’on ramène, on aurait dû laisser tous nos beaux tissus ; quitte à passer pour des matérialistes, il n’est pas question qu’on laisse nos belles melhafas de Kaédi qu’on ne trouve qu’ici sans blague !) Nous sommes contents de partir car on a envie désormais de changer un peu de climat et d’aventures mais tristes également de laisser certaines personnes, c’est la vie rek ! Les au revoirs vont être un peu difficiles, nous le craignons…et les larmes commencent déjà à couler.
Nous pensons fort à vous et avons hâte de vous revoir, enfin pour ceux qui seront en France…pour les autres, on ira vous voir dans vos pays respectifs, inch allah évidemment !
Portez-vous bien et à très vite.
Raf et Ric
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7/03/2007 - Un voyage hors du temps : à la découverte des musiciens traditionnels de la brousse gorgoloise.
Chers toubabous de tous horizons, bonjour,
Loin de la campagne présidentielle et du bruit incessant que cela occasionne, avec les tentes dressées à tous les coins de rue, nous venons de vivre un magnifique voyage en brousse, à la découverte des musiciens traditionnels de notre région. Pour vous resituer le contexte, c’est un projet orchestré par Eric qui date déjà de l’an passé où des musiciens français étaient venus à la rencontre de certains musiciens du Gorgol. Fort de cette expérience unique qui avait été une vraie réussite, ils ont souhaité renouveler l’expérience cette année en allant un peu plus loin.
Ils étaient moins nombreux aussi, 5 l’an dernier, 2 cette année. Ce voyage a été un enchantement, d’autant que les deux musiciens nous accompagnant sont très sympas ; nous avons partagé des moments vraiment drôles et agréables (bon, je suis un peu obligée de mettre ça parce qu’ils vont sûrement lire ces pages…mais de toutes façons, je le pense vraiment !)
Il est des moments uniques où tout semble réuni pour créer la perfection et le bonheur. Et bien, ce voyage a effectivement été une occasion rare, incroyable, de rencontrer des gens uniques, de vivre des moments magiques et de connaître la Mauritanie telle que nous aimerions toujours la vivre. Je crois que nous garderons toujours à l’esprit ce voyage sublime.
Eric avait mis sur pied le programme avec des contacts de gens qu’il connaissait depuis deux ans et nous sommes partis un peu à l’aventure. Le plus extraordinaire est que nous avons fait ce voyage…en pirogue ! Nous avons remonte le fleuve de Kaédi jusqu’à Toulel, en passant par des petits villages ou des petites villes, Djéol, Koundel, Maghama, Tokomadji ; Toufoundé-Civé, etc. Nous avons ainsi laissé la magie opérer…
Premier tour de magie : la pirogue. Rien de tel pour vivre pleinement le temps étiré et lent du pays que de remonter paisiblement le cours du majestueux fleuve Sénégal en pirogue…alors, bien sûr, elle était à moteur, ce qui gâte un peu l’esprit féerique du périple mais c’était quand même prodigieux. Nous avons donc embarqué avec les musiciens, JB et Christophe ; Moussa, notre ami guitariste qui nous servait aussi d’interprète et guide du moment ; un vieux bandit à l’œil torve qui devait nous servir de guide bateau et un autre vieux bandit, non moins bizarre, le conducteur, Barou ! Jusque là, rien que de très normal en fait. Là où ça a commencé à être un peu surprenant, c’est quand, au moment de mettre la pirogue à l’eau, un vieux pulaar venu des profondeurs du quartier Toulde, nous a baratinés sur le fait que le moteur (prêté par un escroc notoire de Kaédi, malheureusement le seul disponible), était pourri et qu’il fallait louer le sien. Bon, machallah, nous voilà partis malgré tout. La folle équipée dans son petit bateau s’éloigne lentement de la brume aurorale de Kaédi et voit se dessiner au loin les contours de la mosquée de Toulde, jusqu’à à n’être plus qu’un rêve…Au fait, a-t-on rêvé ?

2e tour de magie : les villages du fleuve. Point de djinns de l’eau, ni de crocos, ni d’hippos mais des oiseaux très beaux, à foison. Le fleuve est à certains endroits extrêmement sinueux et à d’autres très large. Il est des passages délicats où les bancs de sable immobilisaient notre embarcation, si bien que les piroguiers devaient descendre et pousser la pirogue très lourde. Chaque fois que nous passions près d’un village, c’était toujours les mêmes étonnements des villageois paisibles pour lesquels le fleuve est une richesse inouïe : les femmes lavent le linge à grand renfort de mousse, se nettoient ; les hommes nettoient les bêtes, les font boire, parfois nettoient les camions ou les voitures. Les enfants jouent dans l’eau et s’éclaboussent gaiement. A l’approche de la pirogue dans laquelle trônent 4 toubabous autant surpris qu’eux, toute activité s’arrête et des clameurs s’élèvent de la berge, des cris, des mains se tendent et saluent, les enfants sautent dans l’eau, font des roulades parfois, nous poursuivent sur la berge tant que leur souffle les emmène. Puis, nous disparaissons, happés par le fleuve et nous réapparaissons vers un autre village où tout recommence.

3e tour de magie : l’accueil des gens dans les villages de brousse. Nous avons fait escale dans différents villages de brousse ; certains que nous connaissions et appréciions particulièrement, comme Djéol ou Toulel ; d’autres pas, comme Koundel ou Tokomadji. Chaque fois, l’hospitalité exceptionnelle des mauritaniens de la région du fleuve ne s’est pas démentie : des accueils en chansons à Djéol (au son de bismillah (bienvenue) chanté par des filles), des enfants qui se précipitent et vident la pirogue en criant et nous guident jusqu’à la concession où nous avons passé la nuit à Koundel, un festival de plats et boissons à Tokomadji (en toute simplicité, nous confie notre hôte !) : bref, des gens très gentils, des enfants charmants, des endroits paisibles et magnifiques…du thé à flot, des méchouis à foison, des bismillah partout, une vie tranquille où les contraintes matérielles et temporelles semblent à mille lieues de là !
On se réunit, on mange dans le même plat avec la main droite, on discute de choses et d’autres, on visite les villages, on rencontre des gens, curieux, qui veulent discuter avec les toubabs, on boit le thé sans s’occuper de rien. On oublie un peu le rythme habituel et on se laisse bercer, comme dans la pirogue.

4e tour de magie : des paysages sublimes. Tout le long de notre traversée, nous sommes passés par des endroits très beaux, des villages en banco bordés de palmiers où semblent régner une tranquillité immense ; de la verdure le long des berges, des repères d’oiseaux sur de minis îles au milieu du fleuve, des troupeaux de zébus ou de dromadaires venant s’abreuver, de grands arbres centenaires, des manguiers et des arbres étranges, nommés dindewi, dont les racines poussent à l’extérieur et descendent progressivement jusqu’à s’enraciner à nouveau dans la terre, c’est impressionnant…, des petites villes avec des places à palabres où des vieillards courbés refont le monde à l’ombre de l’arbre et où les enfants nous poursuivent en criant à tue-tête. Certains endroits, comme Maghama, ont des concessions superbes avec des maisons traditionnelles en banco, nommées « oubere » en pulaar. Dommage que certains habitants aspirent à remplacer ces belles demeures par des affreux trucs en béton, plus solides certes mais sans aucun charme.

5e tour de magie : des moments de musique inoubliables. Il ne faudrait pas perdre de vue la raison pour laquelle nous réalisions ce voyage extraordinaire…aller à la rencontre des musiciens de la région du fleuve. Nous accompagnaient deux musiciens français (dont un était déjà venu l’an dernier), Christophe, un percussionniste, et Jean Baptiste, un saxophoniste. L’objet du voyage était donc aussi de faire des échanges musicaux, de mêler des univers différents, d’associer des musiques qui, a priori, ont peu en commun. Et le résultat était au-delà de ce qu’on peut imaginer. D’abord parce que, contrairement à toute attente, le public mauritanien était particulièrement attentif, ce qui est rare, surtout lorsqu’il s’agit de musique inconnue ou presque pour eux. L’un des moments étonnants par exemple que nous avons vécu a été la découverte de morceaux jazz à l’alliance par un public plutôt jeune. Tous les gens applaudissaient au moment où un public averti l’aurait fait. Tous étaient enthousiastes, tapaient des mains, sifflaient de contentement.
Les moments les plus incroyables ont été dans la brousse. Chaque fois que nous nous arrêtions dans un village, les musiciens français jouaient avec les mauritaniens : saxo, percus, mêlés au oddu (instrument traditionnel beaucoup employé par les hal-pulaars), à la guitare de Moussa, notre ami, et au percus mauritaniennes, ainsi qu’au chant souvent. Ces moments ont été de pur bonheur. Nous étions souvent rassemblés dans une concession, avec les enfants et les curieux autour, très heureux de partager ça avec les toubabs, dans une obscurité magique que venaient seulement éclairés les étoiles et la lune. Parfois, JB se lançait dans une impro totale sur la mélodie mauritanienne, c’était envoûtant.

Nous avons également assisté à des spectacles de musique maure avec des danses de séduction, des danses soninkés effrénées à la seule lueur des phares d’une voiture (seule lumière que l’on pouvait avoir car la ville n’avait pas d’électricité), à des danses et à des chants pulaars, vraiment superbes. C’est difficile aujourd’hui de décrire ces ressentis qui nous sont à tous personnels mais où il me semble que nous avons tous eu l’impression de vivre des moments uniques dans cette brousse de Mauritanie.

Nous avons rencontré des musiciens mauritaniens qui se produisent malheureusement très peu. Ceux qui m’ont le plus marquée sont les flûtistes maures de Tokomadji. Cet instrument est tellement beau et il sonne de manière tellement émouvante. On a la sensation qu’il parle en même temps que les sons s’échappent car le souffle du musicien est nettement audible au milieu de la mélodie, et cela confère à cet instrument un aspect humain étonnant.

A Koundel, nous avons entendu un griot surprenant à la voix douce qui nous a offert un petit concert sublime alors que nous ne devions même pas le rencontrer. Ainsi va la vie ici ; des moments magiques surgissent à chaque instant, même lorsque rien est prévu.
JB et Christophe ont aussi expérimenté leur talent d’ensorceleur à Maghama lorsqu’ils ont joué des musiques d’Henri Salvador à la guitare à un petit groupe d’enfants dissipés, qui, en les écoutant, se sont immédiatement calmés, se sont assis et ont écouté les yeux écarquillés ces deux toubabs un peu fous leur jouer des berceuses venues d’un autre monde.

Nous avons aussi dû dansé plusieurs fois avec les danseurs soninkés de Toulel et leurs acrobaties inouïes, avec les musiciens maures de Maghama, surtout les femmes, avec les musiciens maures de Nouakchott…nous avons offert Eric et moi une danse de couple sous les applaudissements des mauresques et des youyous, une bonne partie de rigolade…
Ce voyage nous a vraiment comblés, malgré une avarie de moteur qui nous a privés d’une journée de pirogue car il a fallu aller chercher un nouveau moteur au Sénégal. A dire vrai, nous serions tentés de quitter la Mauritanie dès à présent afin d’en conserver un souvenir magnifique. Mais, il nous reste encore un peu plus de deux mois et nous allons vivre la transition démocratique donc l’heure n’est pas au départ.
Juste le temps pour nous de finir nos films sur les mauritaniens que nous connaissons. Nous aspirons ensuite à visiter Nouadhibou que nous ne connaissons pas encore et à retrouver la verdure de nos contrées françaises…
Pour le moment, nous nous concentrons sur la campagne présidentielle qui bat son plein ; le 1er tour a lieu ce dimanche et cela se passe plutôt calmement. Nous étions à Nouakchott tout récemment et les gens ont l’air plutôt contents de ces élections démocratiques, c’est une bonne chose. Maintenant, il faut voir de quelles manières, elles vont se dérouler et ce qui va en découler…suspense !
Ah, au fait, je suis heureuse de vous annoncer la venue au monde de petite Rafaëlle, la fille de Coumba Nabadji, une musicienne du quartier Toulde…C’est chouette non ?

Voilà pour les dernières aventures. Portez vous bien.
Rafi
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29/01/2007 - Baptême à la mauritanienne!
Nous n’avons pas assisté à beaucoup de baptême lors de notre séjour mauritanien, contrairement aux mariages, mais c’est une cérémonie qui a toute son importance dans un pays aussi religieux que la Mauritanie. Aussi, nous avons été bien heureux d’assister au baptême du petit bébé de notre amie Maïmouna, d’autant plus que nous nous sentons dans cette concession comme en famille, avec plein de gens familiers et très sympas.
Le baptême a lieu très précisément une semaine après la naissance de l’enfant, jour pour jour, heure pour heure, ou presque. Le nouveau-né ne porte pas de prénom tant que le marabout n’est pas venu lui-même baptisé et bénir l’enfant. En des temps plus reculés, c’était le marabout qui attribuait le prénom en fonction du jour de la naissance. Les temps ayant évolué, les parents ont aujourd’hui le loisir de nommer leur enfant comme ils le désirent. C’est souvent le père qui choisit mais la mère peut également donner son avis. Si les prénoms sont différents, le marabout désigne en général le prénom donné par le père comme le premier prénom et celui de la mère comme second prénom. Il n’est pas rare qu’on attribut aux enfants des surnoms, des prénoms chrétiens par exemple si la famille est proche des toubabs et qu’elle veut faire plaisir à un blanc de sa connaissance. L’enfant aura alors un prénom musulman en premier évidemment et un prénom chrétien en second. Maïmouna et son mari Djiby ont donc décidé de nommer leur bébé Thierno Ousmane, comme l’un des frères de Djiby, et Laurent en second prénom, en souvenir d’un ancien collègue de l’hôpital de Djiby. Ça a failli être Eric, en l’honneur de qui vous savez, mais finalement, il s’est fait voler la vedette ! Bon, il ne s’appellera pas Eric mais il est très mignon quand même…
Le marabout arrive tôt le matin avec des disciples et bénit l’enfant en lisant des versets du coran. C’est à ce moment qu’il désigne le prénom. Le disciple peut écrire les sourates entendues à ce moment là sur une planche de bois. La famille rase l’enfant et amène les cheveux au marabout qui les joint au cordon ombilical récemment enlevé. En effet, le cordon est rarement coupé à la naissance. Souvent on attend que celui-ci se brise tout seul. Alors on enferme les cheveux et le cordon dans un petit mouchoir et contrairement à ce que l’on croit, on ne jette pas le tout ! On le conserve car, quand l’enfant sera plus grand, on pourra se servir de cette décoction pour le guérir le cas échéant. On prendra le cordon, le trempera dans de l’eau bouillante et fera servir cette potion magique à l’enfant malade qui, si l’on en croit tout le monde, guérira instantanément. Comme quoi la médecine moderne fait bien du gâchis.
Ce cérémonial effectué, les hommes prient longuement sur la natte dressée à cet effet. La famille qui reçoit offre quelques petits gâteaux dans des sachets plastiques aux invités.
 
Puis les femmes préparent le mouton fraîchement égorgé et les convives se mettent à table environ deux à trois heures plus tard, une fois que tout est bien mijoté. Parfois, on met un peu de musique et on prend quelques photos ou on filme. Se joint à la famille une foule de personnes invitées ou non mais telle le veut l’hospitalité légendaire de ce pays. Bien entendu, c’est le moment rêvé pour sortir à nouveau ces boubous de fête et les bijoux superbes des femmes. Un réel plaisir pour les yeux une fois de plus.
L’après-midi est consacré au thé, à la sieste, et aux parties de cartes endiablées où les hommes se chamaillent copieusement et s’accusent réciproquement d’avoir triché (sachant qu’ils trichent tous évidemment), en hurlant de doux noms d’oiseaux, ce qui est particulièrement drôle à observer. Nous avons même fait un film à ne diffuser qu’auprès d’un public averti…

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4/01/2007 - Bonne Année 2007 et Bon Aïd!
Bien le bonjour à tous,
Nous vous souhaitons beaucoup de bonheur pour cette nouvelle année qui commence.
Même si je n’aime pas trop prendre « de bonnes résolutions » pour l’année qui, de toutes façons, sont faites pour être enfreintes, je vais tacher de tenir notre journal de bord un peu plus souvent car cela faisait bien longtemps que je n’avais rien écrit.
C’est que les dernières semaines ont été très chargées. Nous avons eu plein de boulot Eric et moi en décembre ; Eric pour boucler son année à l’alliance par un chouette concert donné par le frère de Baaba Maal, Ameth, qui chante tout aussi bien mais est moins connu que le premier et en a d’ailleurs marre qu’on le compare systématiquement à sa vedette de frère ; de mon côté, j’avais toute l’organisation de la journée mondiale du Sida à préparer qui, en fait, a duré une semaine car, pour une fois, nous avions quelques financements, donc on en a profité à plein et c’était bien réussi. Le but du jeu était de sensibiliser autour du VIH par le biais d’activités culturelles. Les jeunes ont tout bien géré, j’étais hyper fière d’eux parce qu’au début c’était pas gagné mais ils ont vraiment bien assuré. Ils avaient même préparé pour me faire plaisir, qu’ils ont dit, des poèmes sur le Sida qu’ils ont lu devant les autorités présentes, ce qui en a jeté un max ! Heureusement que dans ce boulot il y a aussi des événements vraiment marquants qui ne font pas regretter tant d’efforts, ça vaut le coup en fin de compte.

Je me suis également attelée à une nouvelle spécialité car une somme d’argent pour faire de l’assainissement dans la ville de Kaédi avec les associations oeuvrant dans ce sens, nous a été allouée. Finalement, je suis bien contente d’avoir plusieurs casquettes à porter ; cela permet différentes expériences enrichissantes et pas du tout en lien avec mes études mais c’est ça qui est chouette.
Et puis, voilà, nous voici déjà en 2007 avec, cette année, une bien belle surprise pour le réveillon : le début de l’Aïd el Kbir, aussi appelé Tabaski dans notre région, la grande fête musulmane, commençait le même jour que le réveillon de fin d’année. Nous avons donc passé une fin d’année tout en couleur et en…méchoui. On s’est régalés les yeux et les papilles !
Comme nous sommes en pleine période de vents de sable en Mauritanie (assez désagréable d’ailleurs car le sable et la poussière volettent partout dans le ciel, teintant à cette occasion le firmament d’une couleur ocre-jaune assez indescriptible et relativement inquiétante), les moutons de l’Aïd ont été préparés d’une nouvelle manière, à la sablée si l’on peut dire, car une très forte tempête a eu lieu le matin même de la grande fête et, comme, traditions obligent, on ne retarde pas l’égorgement quoiqu’il advienne, tous les moutons se sont faits étripés à l’heure prévue mais plein de sable et de poussière…un rien croustillant mais pas déplaisant tout de même. Nous étions d’ailleurs sur la route du retour de Nouakchott le matin du sacrifice, le 31 donc, et c’était plutôt étonnant comme spectacle. A travers les nuages de sable et de poussière, nous apercevions tout le long des hommes bouboutés jusqu’au cou, un grand couteau à la main en train de dépecer leurs bêtes de sacrifice. Entre les villages, il n’y avait personne. Pas un chat dehors, tous au mouton. Nous n’avons d’ailleurs jamais fait la route aussi rapidement et sans aussi peu de danger. Alhamdulilaï !!

Notre 31 sur notre 31 (un boubou fait pour l’occasion pour chacun d’entre nous ; moi, j’ai triché, j’en avais même deux, un pour le 31 et un pour les 1 et 2 car la fête dure trois jours en tout) s’est donc très bien passé. Nous avons fait le tour de nos connaissances en scandant les voeux réglementaires pour cette nouvelle année ; nous étions invités à festoyer chez notre ami Mouss Sarr et sa jolie femme Awa qui avait préparé un délicieux méchoui grillé ainsi que chez notre amie Maïmouna, qui ne devrait pas tarder à accoucher, ce qui ne l’a pas empêchée de faire tout le repas et de trimer comme 10 pour accueillir les convives sous le regard repu et las de toute la tripotée d’hommes présents…. Sa co-épouse a d’ailleurs accouché dans la nuit du 31 précisément, et oui, les deux femmes étaient enceintes au même moment ! Un joli petit garçon bien mignon s’est présenté pour cette nouvelle année. Alhamdulilaï !!
 
Nous avons aussi un peu joué les père Noël en distribuant des bonbons aux enfants comme le veut la tradition, un genre halloween revisité. Les enfants sont tellement choux avec leurs petits boubous neufs tout bien repassés et proprets ! Les petites filles ont des tresses avec des perles au bout et les garçons ont le crâne bien lisse, ainsi va la mode d’ici (et aussi pour éviter les poux peut-être).

Il y a aussi toutes les femmes qui défilent avec leurs plus beaux atours et hurlent quand on veut les prendre en photo…mais c’est juste par coquetterie, le temps de se recoiffer, parce qu’après elles posent pendant des heures, on ne peut plus s’en défaire, c’est trop marrant. Le groupe des hommes n’est pas en reste avec les babouches en cuir ultra nettes (qui, de source confidentielle,- l’anonyme espion ne souhaitant pas qu’on le charrie alors que tout le monde pense comme lui- font très mal aux pieds !!) et les boubous super tendus qui ressemblent à du papier cadeau tant ils brillent.

Enfin, vient le groupe des « disquettes » ; évidemment, ce nom ne vous dit rien, il est pourtant extrêmement populaire ici : c’est ainsi que l’on nomme les adolescentes ultra pomponnées, bijoutées, crémées, lissées, habillées avec les super boubous mode dernier chic et qui marchent dans le sable avec des grands talons impossibles…et marchent donc comme des autruches gloussantes, à mourir de rire. Je ne sais pas pour quelle raison on leur a donné ce nom mais ça leur va bien tout compte fait.

Bref, notre dernière journée 2006 nous a bien réjouis. Nous avions tellement mangé la journée que notre réveillon du soir a été plus que sobre donc mais ce cru Tabaski 2006 était très réussi : beaux boubous, belles couleurs et bons méchouis. Bravo ! Bilahi ! Walahi ! Alhamdulilaï !! (vous l’aurez compris, c’est bien le mot !)
Nous reprenons doucement nos activités puisque la semaine est presque entièrement fériée, ce qui est très bien pour nous remettre de tous ces fastes de fêtes…et de mon affreux rhume du moment, en espérant que les vents seront plus cléments à l’avenir!
Encore bonne année et plein de bonnes choses pour 2007.
Gros bisous à tous et tout de bon,
Rafi
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2/11/2006 - Découverte du Tagant en saison des pluies...
Et voici quelques descriptions de notre chère Mauritanie...Cap Tagant!
Nous avons mis cap sur le Tagant début septembre pour fêter comme il se doit l’anniversaire d’Eric, et oui le temps passe… C’est une des dernières régions que nous n’avions pas encore visitée. Située au centre (plus ou moins) du pays, elle est absolument sublime en saison des pluies et nous n’avons pas été déçus ! Nous avons traversé des paysages très contrastés entre Kaédi et Tidjikja, terme de notre périple.

Sur près de 600 kms, on passe de nos plaines verdoyantes à des regs sévères, à des dunes blanches, puis rouges, puis de plus en plus grandes, puis, vers Moudjéria, une grande montagne qu’il a fallu grimper pour atteindre le plateau du Tagant, c’est la très difficile passe Echeft bordée de palmiers et de troupeaux de chèvres et de dromadaires placides, pas du tout impressionnés par les éboulis fréquents de ce genre d’endroit.


De là haut, la vue sur la plaine est prodigieuse et les milliers de dunes forment de jolies petites bosses à perte de vue. Une fois sur le plateau, la route se fait sinueuse, délicate car des cours d’eau débordent parfois, des plaques de sables formées par les vents nous obligeaient à freiner régulièrement mais c’est tout aussi beau, surtout vers N’Beika, une oasis magnifique avant Tidjikja donc, la capitale de région.
Nous avons bien visité et fait des randos sympas. Le soir, nous avons campé par deux fois en pleine brousse avec notre matériel d’aventurier, les lits pico (indispensables en Mauritanie pour éviter les scorpions), les nattes maures, le bois pour le feu et hop, à nous les belles nuits étoilées des immenses contrées sauvages. Superbe.
Par contre, nous ignorions qu’il nous faudrait jouer les Indiana Jones de la piste au retour car les conditions météo nous ont transformés en super aventuriers. En fait, le Tagant est un plateau à 400 m de haut immense. Lorsqu’il pleut, toute l’eau de la Région s’écoule dans les falaises avoisinantes, transformant les routes en torrent de boue, de sable et d’eau, de vrais rapides…Bon, comme il pleut rarement, on s’est dit que ce n’était pas trop gênant mais voilà, il ne faut pas être pris par la pluie et…c’est raté, elle nous a trouvés ! La nuit du vendredi au samedi, un très violent orage nous a surpris au milieu de la nuit, nous obligeant à nous rabattre dans super Merco (qu’Eric a rebaptisé Théodore Merco !...sans commentaires) qui a failli s’envoler d’ailleurs avec ces vents violents. La plaine était balayée, c’était impressionnant ! Lorsque nous sommes redescendus dans la plaine, nous avons été complètement coincés par un oued en crue. D’habitude, il est tout tranquille et doit faire figure de filet d’eau ridicule mais là, des torrents d’eau se déversaient sur la route, immobilisant de part et d’autre toutes les voitures. Nous avons passé le samedi à patienter que l’oued veuille bien se calmer. Nous en avons profité pour faire une belle balade en nature dans les montagnes rocheuses de la Région. Vers 18 h finalement, l’eau avait un peu diminué, nous sommes passés avec d’autres en file indienne mais nous avions de l’eau jusqu’à la moitié de la voiture, c’était délirant. Une belle aventure pour l’anniv d’Eric qui était ravi.
Nous avons pu aussi grimper sur les plus hautes dunes de N’Beika car, avec la pluie, le sable était solide nous permettant de ne pas nous enfoncer. Nous avons pu observer tout le plateau depuis le haut, ce qui, avec les pluies, donnait une vue imprenable et très étrange, entre sécheresse et inondation, sable et eau, vraiment beau. En tous cas, cela nous a bien aérés l’esprit et permis de souffler un peu du boulot, pas facile en ce moment.


Voilà les nouvelles,
Gros bisous, portez vous bien,
Rafi
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1/11/2006 - Voyage au bout du monde
Salam aleikum toubabous,
Yaclabes? Ichtariga? Yakelkher ?
Ouh la la, je me rends compte que cela fait bien longtemps que je n’ai rien écrit de ma chronique mauritanienne alors que j’ai tant à raconter mais voilà, si le temps ne s’écoule pas de la même façon ici, on se fait rattraper par les activités. Enfin, je vais tenter de faire une petite synthèse de ces derniers mois, riches une nouvelle fois de rencontres et de beaux voyages.
Tout d’abord, côté boulot, c’est toujours difficile de raconter comment ça se passe réellement. Dans le registre des bons points, il y a tout le boulot avec la jeunesse, super sympa, les éclats de rire au bureau avec certains et les échos positifs que j’en ai parfois de la part d’une poignée d’irréductibles supporters, cela fait plaisir. Et aussi ces discussions frénétiques autour d’un thème où chacun donne son point de vue, forcément différent parce que pétri de traditions et de cultures différentes. Je me plais à parler de la santé, ce que je n’aurais pas cru au départ et je suis soulagée si une seule personne repart avec l’envie de changer sa manière d’agir et le souhait de se protéger des IST ou du Sida ; on finit tout de même par se dire que rien que ça, c’est positif. Il y a aussi la satisfaction de voir les jeunes filles venir à moi, chaque fois plus nombreuses, avec chaque fois plus de questions et chaque fois plus de confiance aussi. Long processus, passionnant.
Côté kaédien, tout va bien. Il fait toujours chaud mais de moins en moins et nous nous acheminons vers une température clémente de 25-30 degrés jusqu’à mars ce qui est très agréable. Il faut dire que ces dernières semaines de chaleur ont été très dures pour tous, surtout pour ceux qui faisaient le Ramadan mais, alhamdulilaï, c’est fini ! Les activités vont donc reprendre doucement. Eric est toujours dans mille et un projets qui le passionne bien. Et Django est toujours le roi du quartier et le plus beau de la terre, cela va sans dire. Il nous ramène des tas de lézards et autres bêtes bizarres donc machallah tout va bien.
Côté voyages maintenant, nous avons découvert quelques très beaux endroits de Mauritanie ces derniers temps. Notamment le Tagant, une région au centre du pays, vraiment belle avec de grandes dunes très douces et nous avons eu la chance de la découvrir en saison des pluies ce qui nous a permis d’avoir un aspect tout fait différent de d’habitude. Nous avons même été retenu une journée à cause d’un oued en crue au niveau de Tidjikja, ce qui était à la fois fascinant et un peu flippant aussi.
Notre dernier voyage est tout récent puisque nous en revenons seulement. Nous avons profité de la fête de Ramadan pour faire une longue escapade avec des amis volontaires de Kiffa. C’est vraiment mon coup de cœur, de loin ce que nous avons vu de plus beau en Mauritanie, un enchantement et j’avais envie de vous conter un peu ce périple magique.
Nous avons donc parcouru plus de 2500 kms entre Kaédi et Oualata, terme de notre périple, en 5 jours ce qui était passablement fatigant mais ça valait vraiment le coup. Et il en fallait de la motivation pour l'atteindre cette Oualata, la djamila, la splendide qui, effectivement, s'est avérée être l'une des villes les plus fantastiques que nous ayons vues, non seulement en Mauritanie, mais aussi dans nos voyages. Ça réconcilie avec tous les obstacles nécessaires pour l'atteindre. Il faut la mériter cette petite cité caravanière cachée en plein désert, à 150 kms de Néma, la dernière ville goudronnée de Mauritanie, à la frontière malienne. Et je tiens d'ailleurs à saluer les exploits de notre brave voiture, rebaptisée « Théodore Merco » (pour ceux qui ne comprendraient pas, c’est un « hommage » (relatif) à Théodore Monod qui a sillonné la Mauritanie à pied pendant des années durant !) qui nous a permis de faire tant de route sans encombre.
De Kaédi à Kiffa, la route est assez monotone à vrai dire, car tout a séché depuis la fin de la saison humide ce qui est assez désolant et désolé. De Kiffa à Ayoun-el-atrous, la route est effrayante, faite de nids de poule, euh pardon, de nids d'éléphant. Il fallait zigzaguer pendant 200 kms en prenant soin d'éviter les trous, les troupeaux et les fous du volant, affreux. Ayoun est déjà une ville étonnante car les maisons sont blanches et grises à carreaux, oui, oui. Ça semble surprenant comme ça mais c'est très beau. Les environs commencent déjà à ressembler aux paysages qui ne nous quitterons plus dans tous les Hodhs, jusqu'à Oualata, Hodh el Chargui, Hodh el Gharbi (le hodh est l'endroit où paissent les troupeaux en hassaniya), un mélange de désert et de montagnes rouges, de reg sablonneux, de sebkha, et d'immenses étendues rendues diffuses par la chaleur, de mirages. Parfois, on voit une chose surprenante, une étendue d'eau venue d'on ne sait d'où des entrailles de la terre bordée de jolies fleurs dans un environnement complètement hostile, un miracle.

A ce niveau là, 43 degrés d'intense solitude. Peu de gens, seules quelques bêtes se meuvent lentement et demeurent impassibles au milieu de la route…ça aussi c'est très fatigant de les déloger avant de se les retrouver sur le capot! Toutes les villes que nous croisons à partir de là ne seront faites que de boubous bleus flottant au vent et de melhafas sombres, de petits palmiers et de désert, parfois si aride que rien, absolument rien ne peut se distinguer à l'horizon, le néant, le vide.
Enfin s'offre à nous Néma, bordée de montagnes; la ville ressemble à l'idée que l'on a de l'Amérique du Sud aussi étrange que cela paraisse. Les gens sont sympas et détendus, perdus surtout, isolés mais heureux de l'être semble-t-il. Nous immortalisons la fin du goudron, la fin de 1099 kms de goudron entre Nouakchott et Néma, la très difficile et ardue « route de l'espoir » qui traverse la Mauritanie dans sa largeur. Ça s'arrête net.
Après, c'est la fin du monde. On arrête le temps, on retourne en arrière de qques siècles. Ici, personne n'est venu avec la technologie. On reste comme on est, comme il y a longtemps, du temps où les caravaniers venaient amener le sel du désert et repartaient au Mali en chameau, du temps où les aventuriers se rendaient là après des jours et des jours de marche ou de chameau, les « vaisseaux du désert » comme on dit par ici.

Ce qui a changé tout de même, ce n'est pas la piste qui relie Néma à Oualata, une route sablonneuse extrêmement difficile, mais la manière de la faire, non plus en chameau, dommage, mais en 4x4, seule manière de passer certains endroits sans y mettre deux semaines. Nous avons négocié longuement pour parvenir à louer un véhicule car nous étions en pleine fête de Ramadan, immobilité totale. Mais finalement, après négociations et bakchich, nous sommes partis avec un fou furieux qui a avalé la piste en 2 heures et croyez moi quand on sait ce que c'est on a peur! Nous étions dans la benne derrière avec tous les bagos et les incrustes du moment, qques bergers profitant de l'occasion, sous une chaleur à faire pâlir un thermomètre et enveloppé dans nos cheichs que nous n'aurions troqué à ce moment contre rien au monde, rempart protecteur contre le vent, la poussière et le soleil. Sur la route, du peu que nous pouvions voir à travers nos tissus et de ce que nous permettait notre estomac complètement retourné, nous apercevions des caravanes de dromadaires, des bergers isolés, des ruines d'anciennes cités qui disent le passé de la Mauritanie et le prestige des peuples nomades. Puis, enfin, alors que nous n'en pouvions plus de fatigue, de malaise, de peur aussi de rester coincés là au beau milieu de nulle part avec le 4x4 en rade et le soleil qui meurtrit, se dessine en mirage Oualata dont le nom seul fait rêver.
Le premier coup d'œil suffit à tout oublier de ces difficultés traversées. La vieille cité rouge ocre suspendue sur une colline, protégée par les dunes et les caravanes, et par le désert, apparaît fascinante, déroutante, comme un trésor oublié de tous, perdu au bout du monde.

C'est alors que l'on aperçoit les petites maisons rouges peintes par les femmes aux motifs soninkés, avant que ce peuple ne soit chassé ailleurs. Toutes les maisons sont ornées de motifs fins et colorés qui confèrent à la cité son aspect si merveilleux. Les petites ruelles s'enchevêtrent et laissent chaque fois la place à une merveille, un décor enfoui, une peinture cachée, une maison secrète, un enfant qui rit. Le temps s'est bel et bien arrêté ici. L'eau et l'électricité ne sont pas venues, les voitures non plus, la vie est la même qu'avant. On attend le retour des provisions pour se ravitailler. On regarde la montagne autour et la beauté des lieux et l'on prie. On fait paître son troupeau pas loin, on décore sa maison, on attend sur sa natte tissée de cuir où les femmes font des poteries ornées tout à fait charmantes.


Nous rencontrons Moulaye, notre guide et hôtelier du moment qui vit là dans une petite maison rigolote avec sa femme très drôle et ses enfants terribles aux cheveux hirsutes. C'est lui qui va nous faire découvrir Oualata comme peu de gens peuvent la voir car voilà, Allah nous a accompagné jusque là, à la bonheur, et nous a amenés le jour de l'Aïd-el-fitr, le grand jour de la prière et de la fête. C'est aujourd'hui et aujourd'hui seulement que nous pourrons voir ce que nous allons voir. Nous sommes partis saluer les familles comme le veut la tradition de fin de Ramadan où chacun salue l'autre et lui pardonne ses péchés, en compagnie de Moulaye qui faisait sa tournée. Nous avons pénétré dans chaque maison, admiré les cours intérieures ornées, les décors des salons, les motifs discrets cachés là, observé l'architecture biscornue de ces maisons étonnantes, participé à la vie des gens l'espace d'une journée du bout du monde, bu le dougnou, une boisson à base de mil fermenté (voisine de la boisson malienne d'ailleurs), discuté un peu hassaniya…ce qui nous a valu d'ailleurs un franc succès. Des Nasrani (nazaréen) qui parlent hassaniya, on ne voit pas ça par ici! Bilahi! Walahi! Alhamdulilai!

Enfin ici, nous ne sommes pas dans un endroit classique; ce sont des lettrés qui vivaient là il y a quelques temps qui ont laissé, comme dans les villes du Nord, Ouadane ou Chinguetti, leur trace indélébile, des manuscrits arabes somptueux qui disent les poèmes et la vie musulmane, qui font barrière à l'obscurantisme religieux, qui prônent l'amour, le vin et la beauté des choses, qui révèlent les secrets de ces peintures magiques qui racontent des histoires dans leurs couleurs. Un berger maure nous contera d'ailleurs sa formidable histoire de son combat contre une hyène qui l'a fait grimpé dans un arbre dont il n'est pas redescendu pendant deux jours, la hyène l'attendant au pied se léchant les babines…après qques incantations, la bête a filé et il a sauvé sa vie…ici, même ce qui est faux est vrai. Tout prend une autre dimension. Les gens et les traditions demeurent…jusqu'à quand?


Oualata, c'est aussi et surtout un lieu de spiritualité; nous avons assisté à la grande prière de l'Aïd, en plein air. Tous les hommes, environ 500, s'étaient rassemblés en habit bleu, en ligne face à la Mecque, et devant un imam surprenant enveloppé dans une grande cape bleue qui, en réalité, faisait penser à une femme! Nous étions cachés derrière un troupeau de chameaux, ce qui nous a valu d'observer cela de manière privilégiée, sans les déranger et sans être vus, magnifique.
Le soir de la fête, nous avons dîné chez Moulaye au son des tams-tams des mauresques et des chants de fête sous un ciel magnifique peuplé d'étoiles filantes…C'est donc assez difficilement que nous avons quitté Oualata, le cœur triste et lourd de laisser derrière nous ce lieu magique aux mille savoirs.
Je vous joins des photos que j'ai eu un mal fou à choisir car il y en a des montagnes mais ça vous fera une bonne idée je crois de la beauté des lieux.
Voili, portez-vous bien toujours dans vos contrées respectives ; j’attends de vos nouvelles.
Je vous embrasse,
Rafi
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22/10/2006 - Les murs sont chauds et la tête bouillonne
Le soleil monte doucement. La chaleur se fait étouffante. Allongé sur une natte, la brume s’empare du regard. La théière est prête. Monologue de la fausse monotonie ou état des lieux de la torpeur d'une sieste mauritanienne.

Bientôt deux ans en terre aride. La plume sèche, la mine silencieuse. Quelques mots seulement, ici ou là, griffonnés sur le coin d’une feuille ou éparpillés dans des carnets usés jusqu’à l’os. Pourtant, autour de nous, mille histoires fourmillent, virevoltent, laissant l’esprit dans un tourbillon constant. Combien de drames, de petites folies, de personnages colorés ont été le théâtre de notre quotidien africain...
Notre occident, souvent endormi dans un matérialisme amourophage, paraît si loin de cette passion de l’instant, de ces récits fantastiques qui se nouent et se dénouent dans une danse ardente. L’Afrique est danse, celle des femmes mères qui se déhanchent, la nuque droite et le bassin virevoltant, celle des enfants qui courent après une roue, après une balle de tissu, après les voitures, après l’espoir, celle des animaux en liberté incertaine, en sursis permanent, celle des hommes, vivants ou morts, les yeux gonflés de soleil et d’humilité.
Notre regard s’affine, il devient plus précis, moins naïf. Il se pose. L’exotisme a perdu de l’avance sur l’assimilation, l’insolite devient habitude. L’émotion, parfois canalisée, l’inconnu peu à peu dompté. La brume se dégage pour ce soleil qui ne craint nul adversaire. Inébranlable, il semble attendre avec patience et orgueil les inutiles provocations des rares nuages qui osent le côtoyer.
La terre se durcit et les esprits s’endorment. Le cœur se fixe un nouveau rythme, plus nonchalant, l’œil se dessine des lignes de frontière, le corps se relâche sous le poids imposant du mercure.
Le corps sèche. Où dresser les montagnes qui donneront à nouveau l’espoir d’un nouvel horizon ? Le sommet me manque. Celui que l’on atteint en reprenant son souffle, le cœur palpitant et les jambes fébriles. Le sommet et l’inconnu, l’espoir de sentir le vent plus fort, l’impression d’être si haut que le regard s’envole loin des hommes.
Retour à Kaédi où chaque rue recèle de scénarios, d’histoires fabuleuses. Un jeune garçon, une truelle à la main, s'active sur le chantier d'une école. Ouvrier ou écolier ?
L’imaginaire au placard, le rêve absent au petit matin. La fuite est tangible. Une vie simple où chaque mot est à sa place. Pas de temps pour l’abîme.
Quelques questions, peu de réponses.
Le guitariste déploie sa gamme de couleurs à partir d’une seule corde.
Eric
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Qui suis-je ?
- Tu vas donc là-bas, comme tu seras loin!
- Loin d'où?
(A.de Saint Exupéry)
Notre histoire est née en Espagne, de quelques notes de flamenco et d'un souffle de liberté et se perpétue aujourd'hui à travers nos voyages...
Voilà, un an et demi que nous sommes en Mauritanie et nous avons envie de garder le fil avec nos proches.
Mes amis
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